Au moment où le G20 suggère que les déséquilibres mondiaux ne planteront pas seulement la posture des futurs candidats à la présidence de la république française, la question d’éventuelles orientations mondiales porte sur leurs effets concrets dans notre vie quotidienne?
A l’échelle d’un canton, la difficulté vient de ce que les détails nous empêchent de percevoir l’ensemble du problème, tel qu’il est posé par la présence des mondes lointains, jusque dans nos maisons.
Si je prends l’exemple de la Tunisie, au lieu et place de tout autre pays similairement pourvoyeur du commerce international, c’est parce qu’il nous parlera mieux aujourd’hui qu’hier, et parce que nous préfèrerions encore et toujours que le tourisme - non ministériel - soit au moins aussi attractif chez nous que chez eux.
Voici un pays concurrent de notre économie touristique locale, qui comme tant d’autres, présente une pyramide des âges en forme d’as de pique, tant la population jeune est importante, l’exact contraire du pays de Luchon où l’on vient souvent s’installer après avoir fait sa vie ailleurs. Le travail qui naguère occupait les vallées s’en est allé pour cinq fois moins cher chez les fils de Carthage, engendrant une croissance des profits incomparablement plus forte, puisque les délocalisations de nos groupes industriels et de nos sociétés de services font opportunément du déficit ici, et des bénéfices là bas, réduisant à proportion les recettes de l’Etat français et les moyens de ses politiques publiques.
Il en est à peu prés ainsi, à la puissance dix, pour la Chine et l’Inde. Nous perdons des activités, des emplois, des services publics, pendant que notre population vieillit de plus en plus et que nous subissons la globalisation et les effets pervers du développement. Cependant, nous restons attractifs pour une main d’œuvre immigrée, prête à accepter les situations les plus précaires. Parce que c’est mieux chez nous, encore, et qu’il nous reste, hors des grandes agglomérations, une différenciation culturelle et sociale résistante à la standardisation mondiale.
Ceci nous ramène à nos préoccupations locales de préservation de nos richesses naturelles, culturelles et sociales, menacées par une grande difficulté à fixer les jeunes par des emplois dignes de ce nom, qui ne pourraient être créés que par une tranche d’âge entreprenante, d’ici ou de plus en plus venue d’ailleurs, dans des secteurs d’activité caractérisée par le « yoyo » des saisons.
Ce mal tangible, qui s’accentue avec le temps sur une trajectoire de déclin, appelle de notre part un sursaut. On ne peut toujours proférer des imprécations oppositionnelles à l’Etat et au gouvernement du moment pour faire illusion ; depuis 1992, le conseiller général du canton surfera sur cette vague, aujourd’hui bue par la grève, comme le résultat d’une impuissance à énoncer des voies nouvelles.
Avant que ne retombent en pluie bienfaisante les décisions vertueuses des poids lourds mondiaux qui permettraient, un jour à venir, de rapatrier des emplois, de juguler le capitalisme financier, et de redonner prise aux Etats, nous mériterions de ne point attendre pour faire notre G20, à nous. Car c’est du local que viendra le salut, en reconstruisant des sociétés solidaires, moins sensibles à la crise mondiale, parce que protégées par un mode de production plus court et par une moindre complexité.
Sur notre petit territoire, il nous appartient de faire aussi, en mieux, de la régulation ! Pour corriger les effets négatifs du triptyque qui nous caractérise, à savoir : un faible emploi des jeunes, des entreprises saisonnières fragiles et un cadre financier mondialisé. C’est l’objet de ma proposition en créant un fond local de régulation des activités saisonnières, sachant toutefois que le périmètre d’action ne saurait se limiter aux frontières d’un canton, alors même que celles ci seront élargies en 2014. L’énoncé en est aussi simple que ceci :
Les activités saisonnières du haut Comminges - commerçantes, artisanales, agro-pastorales - subissent le triple handicap d’une clientèle extrêmement sensible au moral des ménages, la baisse de ce dernier se traduisant immédiatement par la réduction des dépenses de loisirs, de séjours et de bien être (dont font partie les consommations alimentaires de qualité), nettement plus forte dans les périodes creuses, et dramatisée par l’analyse qu’en tirent les banquiers, ces amis des seuls beaux jours, en dérobant leur soutien dans ces moments où la mauvaise conjoncture commande de résister.
S’agissant de l’emploi, les temps ne sont plus où le politique s’efforçait d’implanter une usine à la campagne pour en éviter la désertification. Péchiney et d’autres sont passés par là. Mais puisqu’il faut bien créer des emplois locaux plus stables, le mieux serait de conforter dans la confiance de leur avenir les entreprises locales précitées. Et de leur donner un appui plus solide que celui qu’elles reçoivent des comité de prêts bancaires, situés loin de la réalité économique locale, et soumis à des règles strictement financières que nous connaissons trop bien, pour nous avoir précipités dans la profonde crise que nous traversons.
Si la finance doit être étroitement reliée à l’économie, ne comptons pas sur les établissements financiers pour sauver la notre. Il nous faut disposer d'un instrument de régulation locale de l’économie saisonnière, pour donner aux banques un complément et un contrepoids, quand il est nécessaire de passer un cap difficile à cause de la structure de la demande de biens et de services locaux.
Je ne pense pas que la dotation de ce fond exigerait d’importants crédits. En effet, on constate dans des cas existant ailleurs, que le fait d’attribuer le concours du fond compte plus que le montant accordé. Le fond serait doté d’un organe de décision dont la composition, obligatoirement représentative des activités économiques et sociales locales (dont les banques), donnerait un poids moral et une autorité forte à ses décision de concours, sous forme de prêts ou d’aides remboursables, voire d’une pratique de micro-crédit. La vertu de ce conseil économique et social local serait bien entendu de ne céder en aucun cas à la facilité et au copinage, mais de ne considérer que le bien fondé économique. C’est possible.
Une telle régulation locale, ne saurait ignorer la solidarité des activités économiques entre elles, mesurables à l’échelle du territoire, grâce à une forte coordination entre les acteurs locaux et grâce à la liaison transversale opérée par le conseil économique et social local. Il serait alors moins risqué pour les entreprises locales de s’engager en bon ordre de marche, sur les nouveaux modes de production dont le territoire peut devenir le terrain privilégié. Et ainsi faire de l’image de nos vallées, de la qualité de nos produits et de nos efforts de conservation (de nos richesses naturelles, culturelles et sociales), une vraie source de revenus, comme je le développe dans mon programme électoral. Bref, rouvrir le cycle vertueux de la création de richesses par les moyens locaux.